Cet hiver a été le plus difficile de tous les hivers. Je dirais même plus que ça a été la période la plus éprouvante de ma vie. Même si j'ai toujours été abonnée, autrefois, aux périodes difficiles.
Le 10 janvier, j'ai perdu mon plus fidèle compagnon. Mon plus vieux colocataire, mon âme-soeur, mon confident, mon comparse de voyage, mon Roux à trois pattes. Il avait 19 ans. Dix-neuf petites années de chat!
Nous nous sommes rencontrés à l'université, alors que je perdais mon temps et l'argent de mon père. Il avait déjà 2 ans. J'avais vu, avec ma coloc de l'époque, une annonce dans un abri-bus: "Chat à donner, doux, orange, gentil avec les enfants." Nous avions appelé, la jeune femme était si triste de se départir de son chat. Je voulais un ami pour Gilles, mon chat malade mental de l'époque, blanc avec une cape grise, car ma coloc et moi allions nous séparer, et ainsi nos chats Olivier, dit Coulis (je vous épargne les détails, il me semble que c'est assez clair) et Gilles seraient aussi séparés. Le jour-même, je rencontrais Freddy, c'était le nom du Roux; il était caché sous le lit d'un minuscule 1 1/2. Je crois que le copain de la jeune femme le battait, car Freddy semblait terrifié. Je l'ai amené à la maison cet après-midi-là. Son nom a changé, enfin, il a été allongé à Frédéric. Et son surnom est né, assez facilement, Le Roux. Je ne me doutais pas que mon nouveau compagnon orange, que j'appelais "le chat de Gilles", allait devenir mon meilleur ami, à la vie, à la mort. Les colocs, les chats de colocs et les amoureux sont passés, et le Roux est toujours resté.
Nous en avons fait des appartements. En fait, il les as tous faits:
- le 1er, sur Édouard-Montpetit en face de l'UdeM;
- le 2e, sur Édouard-Montpetit en face de l'UdeM;
- le 3e, à Sherbrooke, près de l'UdeS;
- le 4e, collé chez mes parents, à Drummondville;
- le 5e, sur de Lorimier, à Montréal;
- le 6e, à Sherbrooke dans la grosse côte, un peu plus loin de l'UdeS;
- le 7e et le 8e, à Fredericton, au Nouveau-Brunswick;
- le 9e, à Corvallis, en Oregon, dans les dorms de Oregon State;
- le 10e, à Corvallis, notre petit studio adoré sur la 21st St.;
- le 11e, à Salem, en Oregon;
- le 12e, sur la 9th St., à Corvallis, en Oregon;
- le 13e, sur l'avenue Coloniale, à Montréal (on n'était pas contents d'être de retour);
- le 14e, sur St-Denis, à Montréal;
- le 15e, sur d'Iberville, à Montréal;
- et le dernier, dans Petite-Patrie, notre préféré (sauf le petit studio, vraiment, c'était trop mignon).
Faire le bilan de la vie du Roux, c'est un peu comme faire le bilan de ma propre vie. Nous avons habité pendant presque 17 ans ensemble. On en a vu des vertes et des pas mûres! J'ai tant de beaux souvenirs à raconter. Et je le ferai de temps en temps. Comme la fois où il a perdu sa patte arrière droite, à Sherbrooke. Et la fois où nous devions quitter les États-Unis (mon visa expirant, et comme c'était après le 9/11, on ne riait pas avec les "étrangers"); nous avons traversé le Canada ensemble, en voiture. C'est jusqu'à maintenant le meilleur co-pilote que j'ai eu.
Le Roux était un combattant. Il était sérieux, persévérant et ne se plaignait jamais. Il aimait profiter du soleil, faire la sieste et manger goulûment. C'était le meilleur chat au monde. Ce sont ses reins qui l'ont lâché. Depuis près de 3 ans, le Roux souffrait d'insuffisance rénale. Je devais lui donner du soluté sous-cutané chaque semaine. Il prenait aussi des médicaments chaque jour. Et il était devenu sourd. Mais il continuait d'aimer la vie, de profiter de chaque seconde. Le Roux n'était pas un chat ordinaire. Oh non! C'était presque un monument.
Son départ m'a beaucoup attristée. Et ce n'était que le début des départs, car un mois et demi plus tard, c'était au tour de mon papa.
Le 22 janvier 2011, à 22h22, mon papa s'est éteint, des suites d'une longue maladie bien populaire, le cancer. Bien qu'on soit aujourd'hui le 30 mars, ma tête et mon coeur sont toujours au mois de février. Le temps s'est arrêté.
Mon papa, il était dur comme le roc. Il était droit, fier, drôle, sérieux, compliqué. Notre relation n'a pas toujours été à son meilleur. Et pourtant, nous étions pareils en plusieurs points. J'ai eu la chance de pouvoir me rapprocher de lui ces dernières années, et plus particulièrement ces derniers mois. Nous avons pu discuter de tout et de rien, nous dire les vraies affaires, pleurer, rire, se serrer fort fort fort. Mais son absence me pèse énormément. Le silence qu'il laisse m'assourdit. Il me manque terriblement.
J'aurai sûrement envie de raconter mes beaux souvenirs avec lui aussi. J'ai même de beaux souvenirs de mon papa et du Roux, ensemble. Car ils s'aimaient, ces deux-là. Beaucoup! Je crois même qu'ils s'admiraient mutuellement... Deux combattants, sérieux, fiers, persévérants.
Je les imagine ensemble, veillant sur ceux nous.
Je t'aime, papa. Je t'aime, Le Roux. Vous me manquez beaucoup.

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